La sophrologie est une pratique qui étudie la conscience humaine en faisant appel à des techniques et à des méthodes de méditation corporelle. Elle est destinée à toute personne qui cherche à améliorer son présent et développer son bien-être et sa sérénité. Elle est souvent utilisée par les artistes ou les sportifs pour gérer leur stress ou pression. Chaque personne est appelée à travailler sur ses propres valeurs pour mieux se découvrir et se connaître. Cette pratique vise à accroitre la confiance et à garder espoir par une meilleure connaissance de soi.

La sophrologie est une méthode psychocorporelle qui permet de connecter notre monde intérieur avec notre monde extérieur en se basant sur quatre principes clés :

  • L’action positive :

    toute action positive faite sur la conscience se répercute positivement sur l’ensemble de l’être. La répétition d’actions positives se transforme en habitude. Ces habitudes deviennent des valeurs sûres qui renforcent bien-être et sérénité.

  • Le schéma corporel :

    c’est l’objet de la pratique de la sophrologie. Ce principe vise à amener le schéma corporel à plus de réalité vécue afin de conquérir l’harmonie physique et psychique. La sophrologie le considère dans sa forme, sa capacité de mouvement puis dans sa capacité de sentir et de percevoir.

  • La réalité objective :

    ce principe se développe par l’entraînement pour apprendre à voir les choses comme elles sont réellement. Le but ici est de développer plus de réalisme et d’avoir plus d’efficacité dans l’action.

  • L’adaptabilité :

    le sophrologue doit adapter ses techniques et ses méthodes aux situations et à la réalité de chaque personne qu’il reçoit.

A ce propos, Dr Ilyes Baghli a accordé un entretien au journal quotidien régional français « Midi Libre », dans lequel il explique comment se déroulent dans son cabinet les séances de cette science qui permet de diminuer le trac et d’autres réactions émotionnelles qui perturbent le déroulement optimal du quotidien :

« Midi Libre : Pouvez-vous nous définir, Docteur, ce qu’est tout d’abord la sophrologie ?

Dr Ilyès Baghli : La sophrologie est la science de l’optimisation des capacités mentales. La définition étymologique est l’étude de la conscience en harmonie. Elle a été créée en 1960 par le médecin neuro-psychiatre colombien Alfonso Caycedo (1932-1982). C’est une science qui favorise la résolution des désordres (psychiatriques, physiologiques, existentiels), permettant de développer une personnalité plus harmonieuse, par la conscience de soi et le renfort des structures positives.

Il existe plusieurs types de sophrologie : personnalisée, sociale, d’entreprise et, enfin, sportive.

Midi Libre : Comment avez-vous abouti dans votre démarche thérapeutique à la sophrologie sportive ?

Dr Ilyès Baghli : A l’origine, notre formation médicale s’oriente au départ vers une prise en charge physique de l’athlète de haut niveau. Grâce à la mésothérapie, on réduit la durée d’incapacité d’un athlète et on le soulage des entorses bénignes. Grâce à l’ostéopathie, on procède à une remise en forme, une mise à niveau et une correction des troubles posturologiques. Grâce à la nutrition et à la médecine orthomoléculaire, on optimise l’équilibre en vitamines et en oligo-éléments de l’athlète pour lui permettre d’atteindre des objectifs énergétiques d’endurance ou de sprint.

Ainsi, ces techniques représentent le volet physique dans l’optimisation des capacités de l’athlète de haut niveau, mais ceci demeure insuffisant pour obtenir un champion capable d’atteindre ses objectifs dans la compétition sportive de haut niveau, car l’optimisation des capacités mentales représente un axe capital dans la réussite finale et l’atteinte des objectifs compétitifs établis et ceci se fait grâce à la sophrologie sportive.

Midi Libre : Pouvez-vous nous dire succinctement en quoi consiste en pratique la sophrologie sportive ?

Dr Ilyès Baghli : En pratique, il faut permettre à l’athlète de haut niveau d’avoir la capacité de faire le lâcher-prise grâce à la technique d’alpha-relaxation et de dissiper ainsi le stress sous-jaccent à la compétition. L’association de l’acupuncture et de l’auriculopuncture est très bénéfique dans ce cas-là. Il faut également permettre à l’athlète de haut niveau de croire en ses capacités pour réussir ses objectifs.

A rappeler que contrairement à la psychologie où le patient parle pour se projeter dans le passé et le médecin écoute, dans la sophrologie, c’est le médecin qui parle et c’est le patient qui écoute et se concentre pour lui permettre de se projeter dans l’avenir.

Midi Libre : Pouvez-vous nous donner un exemple pratique d’une séance d’alpha-relaxation ?

Dr Ilyès Baghli : On invite l’athlète à s’installer confortablement, à se détendre, à fermer ses yeux et à s’imaginer dans un contexte relaxant : forêt, rivière, cascade, bord de mer qui sera notre exemple dans cet interview. L’athlète s’imagine en bord de mer, juste après le coucher du soleil, étendu sur le sable en face de la mer.

Cet exercice consiste en la perception des cinq sens :

– Le toucher : en l’invitant à ressentir la sensation du sable sur sa face postérieure, à la place de la sensation du matelas de la table de consultation.

– La vue : en l’invitant, tout en gardant les yeux fermés, à visionner l’horizon marin avec la couleur orange du coucher du soleil, de contempler le mouvement des vagues et celui des mouettes.

– L’ouïe : en l’invitant à se concentrer sur le bruit des vagues et des mouettes.

– L’odorat : en l’invitant à ressentir par la respiration la brise marine et le parfum salé de cette brise, grâce à une respiration ample, inspiration profonde par le nez, pause et expiration profonde par la bouche.

– Le goût : enfin de saliver, de gouter à ses lèvres et enfin avaler cette salive et retrouver le goût salé.

Ainsi, cet exercice des cinq sens permettra d’optimiser la sensation du lâcher-prise.

Midi Libre : Pouvez-vous nous dire ce qu’apporte l’association de l’acupuncture à la sophrologie ?

Dr Ilyès Baghli : L’apport de l’acupuncture est dans l’équilibre énergétique, en augmentant le yin et en réduisant le yang en cas d’anxiété « stress de la compétition », et en augmentant le yang et en réduisant le yin dans les situations où l’athlète a des idées dépressives « burn-out », ceci ne peut être obtenu que grâce à un échange sincère entre le médecin et l’athlète.

Midi Libre : Quels sont les objectifs de la sophrologie sportive ?

Dr Ilyès Baghli : Les objectifs de la sophrologie sportive sont les suivants :

– Permettre à l’athlète de se concentrer sur ses objectifs dans la compétition.

– Optimiser ses propres objectifs vers le challenge pour aller au-delà de ses capacités ; ainsi beaucoup d’athlètes arrivent à battre leurs propres records lors des compétitions internationales : jeux Olympiques et Championnat du monde.

– Eviter à l’athlète de répondre à des provocations préméditées, surtout qu’il est soumis au stress de la compétition et au poids de la responsabilité, dans ce cas, l’athlète peut être soumis à un effet burn-out, car il ne faut pas oublier que dans le sport, il existe des professionnels de la provocation à l’image de Materazzi et de Mourinho.

Midi Libre : Le burn-out est-il la prédilection de l’athlète amateur ?

Dr Ilyès Baghli : Au contraire, le professionnel de haut niveau est plus soumis à ce risque que l’amateur qui découvre le challenge de la haute compétition, car le poids de la responsabilité est élevé et la provocation préméditée peut aboutir à une réaction où le self-contôle ne sera pas de mise.

Midi Libre : Pouvez-vous nous citer, un exemple pratique de burn-out sportif ?

Dr Ilyès Baghli : L’exemple le plus connu est celui de Zineddine Zidane, qui lors de la finale de la Coupe du monde en 2006, a été insulté en italien par le joueur Materazzi. La réaction fut instantanée, coup de boule et expulsion immédiate, malgré le fait qu’il ne restait que dix minutes pour la fin de la finale de la Coupe du monde et malgré le but sur penalty qu’il avait marqué en première mi-temps, ce qui dénote d’une maîtrise mentale optimum en première mi-temps. Ainsi, ni l’enjeu, ni l’expérience, ni le fait qu’il a été à l’origine de la première Coupe du monde en 1998, n’ont pu être le frein à cette situation de burn-out.

Un autre exemple de burn-out collectif des joueurs, celui du match face à l’Egypte à Banguila, en raison des comportements de l’arbitre Koffi Codjia, qui a provoqué une perte du self-contôle des joueurs de notre équipe nationale et en conséquence son effondrement lors de ce match, contrairement au match précédant à Oum Derman.

Midi Libre : Pouvez-vous nous citer des exemples où la sophrologie a apporté un résultat probant ?

Dr Ilyès Baghli : Plusieurs exemples peuvent être cités, mais je me limiterai à deux exemples symboliques :

L’expérience de l’équipe nationale à Oum Derman où la sophrologie sociale a été au service de la sophrologie sportive. Ainsi, une volonté de vaincre était inébranlable chez tous les joueurs. Si ce match devait être rejoué dix fois dans des conditions pareilles, notre équipe nationale aurait gagné dans les dix cas de figure, car du citoyen au Président de la République, en passant par les joueurs, tous étaient polarisés pour vaincre et rendre hommage à nos martyrs.

La médaille d’or de Hassiba Boulmerka lors des jeux Olympiques de Barcelone en 1992 et celle de Nouredine Morceli lors des jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 durant une période difficile dans l’Histoire de notre pays ont permis de polariser les espoirs, où la sophrologie sportive a eu un impact sur la sophrologie sociale, car depuis ces victoires, tout citoyen a eu l’espoir et la certitude que chacun de nous peut apporter pour lui-même et pour son pays gloire et victoire.

Midi Libre : Pouvez-vous nous donner des exemples où la sophrologie sociale a eu un impact positif et où le burn-out social a eu un impact dramatique ?

Dr Ilyès Baghli : Le sport a un volet social très important. Ainsi, le matin du 15 novembre 2009, des centaines de milliers de personnes se sont dirigées vers la rue Larbi Ben M’hidi, à Alger, pour demander au Président de la République d’établir un pont aérien sur Khartoum pour soutenir l’équipe nationale, qui était à leurs yeux victime d’injustice et d’inhospitalité. La réponse favorable instantanée a permis un réconfort social immédiat et un élan de nationalisme sans précédent depuis l’indépendance. Ainsi, la cohésion sociale a connu un équilibre jamais égalé auparavant, même les opérations de «harga» se sont estompées durant cette période.

Dans le cas contraire, la gifle de la dame de police de Sidi Bouzid sur Mohamed El-Bouazzizi, marchand ambulant de légumes, lui demandant de dégager, a eu un effet de burn-out personnel sur la victime qui s’est autodafée et sur la société qui s’est révoltée aboutissant à faire subir au Président Zine El-Abbidine Benali le sort de dégager lui-même. Ainsi, l’effet burn-out, comme dans les incendies de forêts, a eu des conséquences imprévisibles.

Ainsi, pour éviter le burn-out, il est impératif de ne pas trop tirer sur les cordes et de lâcher du lest.

Midi Libre : Un dernier mot sur la sophrologie sportive…

Dr Ilyès Baghli : Grâce au concept de la sophrologie sportive et sociale, le sport n’est plus « l’opium des peuples » mais un élément de cohésion sociale pour optimiser la volonté de vaincre, grâce aux victoires de nos sportifs, et ceci grâce à la médiatisation de la mobilisation sociale qui a un impact direct dans le punch final de l’athlète lors de la compétition. A moins d’un an des jeux Olympiques de Londres 2012, une mise en valeur de nos différents athlètes qui peuvent apporter une médaille à l’Algérie et leurs prises en charge physique et mentale est le garant pour relever ce défi. »